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Exclusif – Xherdan Shaqiri : "je ne suis pas venu à Bâle pour jouer le maintien, mais pour gagner des titres"

Andy

Avec le retour de Xherdan Shaqiri (33 ans), le FC Bâle est de retour au sommet du football suisse et peut à nouveau rêver du doublé après des années difficiles. Dans cette interview, le génial milieu de terrain évoque la saison en cours, la gestion des attentes, et son rêve de retrouver la Ligue des champions avec son club.

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Xherdan Shaqiri est le visage de la réussite au FC Bâle. © KEYSTONE/Georgios Kefalas

Le FCB est actuellement 2e du classement. Vous êtes le meilleur buteur/passeur du championnat avec 10 buts et 13 passes décisives. Ça doit vous faire plaisir – et aussi de la fierté, non ?

Xherdan Shaqiri : Je suis satisfait de mes performances individuelles cette saison, mais pour moi, les statistiques ne sont pas ce qu’il y a de plus important en ce moment. Ce qui compte, c’est le succès avec, et pour, le FC Bâle. Je mets tout en œuvre pour que, en fin de saison, nous soyons – espérons-le – tout en haut du classement.

Quand vous êtes revenu à Bâle après toutes ces années à l’étranger, vous imaginiez que cela allait aussi bien se passer ?

C’est ça, le football – il écrit toujours ses propres histoires. Je suis très heureux d’être de retour, et que cela ait pu se faire avec le FC Bâle. Le club et mes coéquipiers m’ont accueilli à bras ouverts dès le premier jour. On voit aussi sur le terrain que je joue à nouveau avec énormément de plaisir. Pour moi, ce qui compte le plus, c’est d’être de retour à la maison, d’entrer sur le terrain avec de la confiance et de bonnes sensations. On sait d’où vient le FC Bâle, qu’il n’a pas connu beaucoup de succès ces dernières années. Mon plus grand objectif, ma plus grande motivation, c’est justement que le FCB redevienne performant. J’essaie d’y parvenir par mes prestations – ce que je fais plutôt bien jusqu’ici. On est sur une bonne voie pour redevenir une équipe qui gagne.

On remarque aussi à quel point vous prenez du plaisir. Est-ce que vous redécouvrez un certain goût du football ?

Clairement. J’aborde chaque match avec l’envie de me faire plaisir – bien sûr, en respectant aussi les consignes tactiques du coach. Mais pour moi, cette joie de jouer est essentielle. Quand je l’ai, je réussis aussi des choses qui sortent de l’ordinaire. On le voit régulièrement : quand je suis en forme et que je joue avec le sourire, je peux faire de grandes choses.

On vous voit mener, vous battre, motiver vos coéquipiers, brûler d’envie sur le terrain. Est-ce révélateur de votre bien-être actuel ?

C’est tout à fait ça. Et c’était aussi important pour le club que j’apporte cette mentalité de gagnant à l’équipe. Que l’on entre sur le terrain avec confiance en nous, en montrant : « Nous sommes le FC Bâle, c’est nous qui donnons le ton sur le terrain. » Il faut que cet état d’esprit revienne. Ces dernières années, il a peut-être un peu manqué des leaders capables de tirer les jeunes vers le haut. Mais aujourd’hui, on est sur la bonne voie.

Est-ce que c’est aussi un signe de votre forme physique actuelle ?

Oui, c’est un bon point. En début de saison, on voyait que je n’avais pas encore beaucoup de matchs dans les jambes, que je n’étais pas à 100 %. Mais avec les entraînements, l’intégration dans l’équipe, et en comprenant comment elle joue – et elle, comment moi je joue, ce qui est très important – tout s’est mis en place. Le déclic est venu. On a obtenu de bons résultats, on s’est solidement installés dans le haut du classement, et on veut y rester jusqu’au bout. On sait que ce ne sera pas facile. Je suis quelqu’un de réaliste, je reste les pieds sur terre, j’avance étape par étape. Mais une chose est claire : le FC Bâle doit et va jouer à nouveau les titres dans un avenir proche.

Votre retour a suscité beaucoup d’attentes. Est-ce que vous avez réussi à les gérer aussi facilement que cela en avait l’air ?

Je suis revenu à Bâle avec beaucoup de confiance en moi, et je savais que je pouvais avoir un impact. Une certaine euphorie s’est installée très vite, ce qui a aussi entraîné une pression sur mes épaules. Mais c’est tout à fait normal, et j’ai su très bien gérer cela. J’aime mener, prendre mes responsabilités, même quand les choses ne vont pas bien. J’essaie de protéger les plus jeunes en assumant la pression à leur place. Et c’est justement face à ce genre d’attentes qu’il faut apprendre à bien réagir pour réussir à donner le meilleur de soi-même, même sous pression.

"Ça s’est très bien passé, mais je ne dirais pas que c’est le meilleur Xherdan de tous les temps."

Vous êtes aussi productif que jamais dans votre impressionnante carrière. Est-ce qu’on voit aujourd’hui le meilleur Xherdan Shaqiri de tous les temps ?

C’est facile de dire ça si on regarde seulement les stats. Mais je vois les choses un peu différemment. Comme je l’ai dit, tout se passe très bien, mais je ne dirais pas : que c'est "le meilleur Xherdan de tous les temps". J’ai joué dans plusieurs pays, j’ai connu des hauts et des bas, de très bons matchs comme des moins bons. Je ne veux donc pas tirer une conclusion basée uniquement sur les chiffres. Mais c’est vrai que j’ai apporté quelque chose à l’équipe, au club et aux supporters. Je peux créer une dynamique positive dans l’équipe. Je pousse mes coéquipiers à se dépasser – et c’est ce qu’on vise : que le club retrouve son niveau européen. Que les fans viennent au stade avec le sourire, qu’ils sachent qu’ils vont voir du beau football et que l’équipe joue pour des titres. C’est important, aussi bien pour les supporters que pour toute la région.

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Juin 2019 : Xherdan Shaqiri célèbre la victoire de la Ligue des champions avec le FC Liverpool. KEYSTONE/EPA/TOLGA BOZOGLU

Dans votre palmarès, il y a notamment deux Ligues des champions et plusieurs clubs prestigieux. De quoi êtes-vous le plus fier dans votre carrière ?

Je suis fier de chaque étape de ma carrière et de tout ce que j’ai accompli. Rien n’est jamais parfait dans la vie, mais je referais tout exactement pareil. Si, au début de ma carrière, on m’avait dit que je jouerais dans ces clubs-là, j’aurais signé tout de suite. Ces années m’ont aussi forgé en tant qu’homme. J’ai progressé tant sportivement qu’humainement, j’ai découvert différentes cultures. Et j’ai pu me mesurer aux meilleurs joueurs du monde, jouer à leurs côtés. C’est ça aussi, aujourd’hui, qui fait de moi le joueur que je suis.

Qu’est-ce qui a le plus changé chez le Xherdan Shaqiri d’aujourd’hui, par rapport à celui qui est parti au Bayern en 2012 ? Est-ce l’expérience, le savoir, la confiance en soi ? Car sur le terrain, on retrouve encore votre insouciance, votre génie et votre malice.

Il y a plein de facteurs qui entrent en jeu pour réussir dans ce sport. Quand je rentre sur le terrain, je veux toujours jouer comme un gamin. Pratiquer du beau jeu, aider l’équipe avec des buts ou des passes décisives. Et j’aborde les matchs avec autant de joie qu’il y a dix ans. Ce qui s’ajoute aujourd’hui, c’est l’expérience : je sais mieux quoi faire dans beaucoup de situations. Ce bon mélange entre l’expérience et l’insouciance, c’est ce qui me permet, selon moi, d’être performant.

"J’ai toujours dit que je jouais avec beaucoup d’instinct et de risque. Sur dix ballons si seulement deux arrivent à destination, cela peut suffire pour marquer un but."

Combien de séances spécifiques consacrez-vous encore à votre pied gauche magique ?

(rires) Avec tous les matchs en semaine, c’est difficile. Mais plus sérieusement : on ne peut pas toujours s'entraîner à ce genre de situations. Il faut aussi beaucoup d’instinct. J’ai toujours dit que je jouais avec beaucoup d’instinct et du risque. Sur dix ballons si seulement deux arrivent à destination, cela peut suffire pour marquer un but. J’aime prendre ce risque, j’essaie de tout donner sur le terrain, d’apporter ce petit truc en plus, qui peut faire la différence pour marquer un but ou gagner un match. J’essaie à chaque match de déstabiliser la défense adverse.

Ressentez-vous aussi le respect de vos adversaires ?

Oui, clairement ! Au final, ils veulent aussi faire un gros match et me neutraliser. Mais avec l'envie de gagner, ce respect n’est pas toujours visible – ce que je comprends aussi très bien.

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Xherdan Shaqiri est fier d'être capitaine du FCB. KEYSTONE/Ennio Leanza

Vous êtes capitaine au FCB. Est-ce un rôle que vous appréciez ?

Absolument. Je suis fier d’être capitaine du FC Bâle, j’aime montrer l’exemple, j’ai la confiance en moi nécessaire et je veux transmettre ça à mes coéquipiers. Et aussi dire les choses quand ça ne va pas. Je pense que ce message passe bien dans l’équipe. Car au bout du compte, ce qui compte, c’est la réussite collective. Et pour cela, il faut des leaders. Nous en avons quelques-uns : moi, Marwin Hitz, Dominik Schmid, Taulant Xhaka, Albian Ajeti – ce sont tous des joueurs importants. On doit prendre les choses en main ensemble, ce n’est pas le rôle d’un seul joueur. Comme je l’ai dit, je suis vraiment fier de pouvoir mener cette équipe sur le terrain et apporter ma contribution – surtout quand mes parents ou mes amis sont présents au stade.

La semaine prochaine, deux de vos anciens clubs s’affrontent en Ligue des champions : le Bayern Munich et l’Inter Milan. Pour qui votre cœur balance-t-il ?

On m’a déjà posé cette question plusieurs fois, et je réponds toujours la même chose : que le meilleur gagne. J’ai passé un peu plus de temps au Bayern qu’à l’Inter, mais j’ai aussi vécu de beaux moments à Milan et j’y ai rencontré beaucoup de gens formidables. Le 8 avril, je serai sans doute invité en tant que consultant TV, et j’aimerais bien assister au match retour au stade, si c’est possible. Je garde des liens avec les deux clubs et j’ai vraiment hâte de voir cette confrontation.

La Ligue des champions a longtemps été votre scène de prédilection. Rêvez-vous d’y revenir ?

C’est mon grand rêve, mon objectif ! Pouvoir rejouer en Ligue des champions avec le FC Bâle, dans ce magnifique stade, face à des grands clubs européens !

«Pour moi, il était clair que je ne revenais pas à Bâle pour jouer le maintien, mais pour gagner des titres.»

Lors de votre présentation à Bâle, vous aviez parlé de titres. À l’époque, cela semblait loin. Aujourd’hui, ça pourrait arriver plus vite que prévu, non ?

Dans le football, il se passe des choses qu’on ne peut pas prévoir. Beaucoup de choses peuvent encore arriver, mais nous avons notre destin entre nos mains. Nous sommes aussi en demi-finale de la Coupe, donc il y a beaucoup à espérer. Comme je l’ai dit, je reste volontiers les pieds sur terre. Mais pour moi, il a toujours été clair que je ne revenais pas à Bâle pour jouer le maintien, mais pour gagner des titres. Pour ramener le FCB là où il doit être. Ce club doit gagner des titres, remporter la Coupe, jouer en Europe – c’est ça le FC Bâle que nous connaissons, et c’est là que je veux le ramener. Je l’ai dit dès le début, et j’y crois toujours aujourd’hui.

Vous voulez donc revivre ces grandes fêtes légendaires sur la place du Barfüsserplatz…

C’est le but des supporters, et celui du club aussi : avoir à nouveau quelque chose à célébrer. Je ressens que toute la ville veut vibrer à nouveau. Ça fait longtemps que le FCB n’a rien gagné, et maintenant, on a du mal à contenir l’impatience. On est proches du but, mais il reste beaucoup de travail. Comme je l’ai dit, je garde les pieds sur terre, mais nous avons effectivement plusieurs opportunités à saisir.

La ferveur footballistique à Bâle est quand même bien différente de celle aux États-Unis, même s’il y avait aussi des avantages là-bas, non ?

On sait que le football américain évolue lentement, petit à petit. Mais l’ambiance ici à Bâle, la passion de nos supporters, la manière dont ils nous soutiennent à domicile comme à l’extérieur, avec leurs magnifiques tifos, c’est unique en Suisse. Ils méritent à nouveau une fête, un trophée à brandir haut et fort.

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Avril 2012 : Xherdan Shaqiri lors de la fête du championnat sur la Barfüsserplatz - il veut y retourner dès que possible. KEYSTONE/Georgios Kefalas

On peut donc dire : ce retour était la bonne décision. Vous referiez le même choix ?

Oui, sans aucune hésitation ! Je suis vraiment heureux d’être de retour ici. Je profite de chaque moment, j’apprécie de pouvoir m’entraîner avec plaisir à seulement dix minutes de chez moi. Au final, nous voulons tous réussir, et nous mettons tout en œuvre pour que le FC Bâle retrouve la place qui est la sienne tout en haut. Et pour ça, nous travaillons dur chaque jour.

Certaines personnes ont accueilli votre retour avec scepticisme, en se demandant ce que vous étiez encore capable d’apporter. Est-ce que c’est agréable de faire taire les critiques ?

Pour moi, l’essentiel a toujours été de répondre sur le terrain. Et je pense que ces critiques se sont maintenant calmées. Il y aura toujours des détracteurs, c’est la vie. Dans le football surtout, il y a beaucoup "d’experts" payés pour donner leur avis. D’un côté, je le comprends, mais de l’autre, il faut parfois faire preuve de prudence avec les jugements trop hâtifs. Mais ça fait partie du jeu, et je sais y faire face. Je préfère me concentrer sur mes performances et répondre, avant tout, au FC Bâle – pas aux autres. Comme on dit : la vérité, c’est sur le terrain. Ce sont les prestations qui comptent, et c’est par là que je veux embarquer les plus jeunes avec moi.

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