Tim Kleindienst, le neuf a la cote
Sa force de travail et son irréprochable état d'esprit ont hissé Tim Kleindienst, déjà impressionnant à Heidenheim, au rang de patron à Mönchengladbach puis d'avant-centre n°1 en équipe nationale. Sa prestation magistrale à l'aller comme au retour contre l'Italie, la semaine dernière, confirme de manière éclatante ce statut de leader.
Julian Nagelsmann lui avait préféré Jonathan Burkardt, le virevoltant attaquant de Mayence, au coup d'envoi d'Italie-Allemagne, le 20 mars à San Siro. Alors, Tim Kleindienst a patienté. Menée à la mi-temps, la Mannschaft s'est présentée au retour des vestiaires avec deux changements dans son onze. L'avant-centre de Mönchengladbach a suppléé celui du FSV et, quelques instants plus tard, Kleindienst égalisait d'une tête tranchante sur un centre de l'inévitable Kimmich. L'Allemagne, remise à l'endroit, prenait le dessus et un second but, inscrit par un Goretzka redevenu lui-même, donnait la victoire aux Allemands une demi-heure plus tard.
Sans doute ce scénario était-il encore dans la tête du sélectionneur au moment de composer son onze pour le match retour de ce quart de finale de Ligue des Nations, dimanche soir à Dortmund. Cette fois, c'est bien le grand brun (1,94 m) qui démarrait le match, le petit blond (1,81 m) prenant sa place sur le banc. Bonne initiative : comme à l'aller, centre de Kimmich, tête de Kleindienst, but. Mieux encore : c'est non seulement l'attaquant de Mönchengladbach qui avait provoqué, un quart d'heure plus tôt, le penalty de l'ouverture du score, mais c'est lui aussi, d'une tête magnifique repoussée en corner par Donnarumma, qui était à l'origine du second but, inscrit sur le coup de coin par Musiala.
15 buts en 25 matches de Bundesliga
Si Kleindienst n'est ni Gerd Müller, ni Miroslav Klose, ce récital devrait éteindre pour un bon moment le débat lancinant sur l'avant-centre de la Mannschaft. Qui s'est trouvé un patron à ce poste de finisseur si important dans son histoire. Le patron en question, à l'éclosion certes tardive, ne vient pourtant pas de nulle part. Au-delà de sa formidable saison 2023-2024 à Heidenheim (14 buts en 35 matches, sensationnelle qualification européenne à la clef), ses états de service depuis l'été dernier chez les Poulains sont éloquents : 15 buts et 6 passes décisives en 25 matches de Bundesliga ! À tel point que pour l'hebdomadaire Sport Bild, Kleindienst est la star du Borussia ayant le plus d'impact depuis... Stefan Effenberg, n°10 culte du Mönchengladbach des années 1990.
Le directeur sportif Roland Virkus raconte avec malice que la poignée de mains consécutive aux discussions sur la prolongation de contrat de son buteur lui a broyé les phalanges. « J'ai cru que j'avais la main cassée », se souvient Virkus, qui constate qu'on « sent l'énergie et l'engagement du joueur de manière physique ». Une vérité dans les vestiaires aussi : en un temps record depuis Effenberg, Kleindienst a pris le pouvoir sur le groupe et la vie interne. Avec réussite : depuis son arrivée du sud de l'Allemagne pour 7 millions de francs environ, les Poulains galopent. Seuls 5 points les séparent actuellement de la 3e place, occupée par Mayence, et 2 de la 5e, occupée par Leipzig. Une première qualification européenne depuis 5 ans est donc en vue.
Un groupe renouvelé, des circonstances favorables
Mais plus que les statistiques, c'est donc l'attitude de l'ancien joueur de Cottbus qui inspire le respect. Son travail au quotidien et sa démarche positive, authentique, sans filtre, emportent l'adhésion à tous les étages et cimentent la confiance de l'équipe. Sans doute l'alchimie a-t-elle été facilitée par le départ, l'été dernier, de cadres comme Tony Jantschke, Patrick Herrmann ou Christoph Kramer, 34 ans tous les trois, qui a provoqué un appel d'air frais. Un axe naturel s'est formé, du gardien à l'avant-centre en passant par le talentueux milieu maison Rocco Reitz, autour duquel le collectif tourne. Avec Gladbach, Stefan Effenberg a gagné la Coupe d'Allemagne dès son retour d'Italie, en 1994. Kleindienst, exactement 30 ans plus tard, peut aller chercher l'Europe et briller avec la Mannschaft. Avec quelques cartons jaunes, lui aussi, au passage. Mais dans ce secteur, “Effe” restera imbattable...